Le quantified-self : image d'un homme en train de courir

Le quantified-self : explications et problématiques

Prêt pour lire cet article faisant référence à 1 pratique émergente et 3 problématiques associées ? Vous lirez en 4 minutes et 50 secondes les 982 mots qui le composent ce qui vous permettra de combler 10% de temps de réflexion journalier nécessaire à votre bien être. Bienvenue dans le Quantified-Self, asseyez-vous, on va venir vous expliquer. Votre niveau en eau est à 45%, je vous apporte un verre d’eau.

Le « Quantifief-Self » –  ou « Quantification de Soi » en français –  s’est très largement développé ces deux dernières années. Cette pratique consiste à mesurer et stocker des données afin de les analyser sous forme de statistiques et de les partager. Tout cela est devenu possible grâce à la puissance de calcul et de stockage disponible dans vos téléphones portables.

Concrètement

Image d'un corps humain équipé de nombreux équipements "Quantified-Self" permettant de récolter des données de son corps

Vos chaussures mesurent le nombre de pas que vous effectuez dans la journée pendant que votre bracelet mesure votre rythme cardiaque et votre tension. Vous vous sentez un peu ballonné mais c’est normal car la pilule que vous avez absorbé ce matin vous a indiqué une alimentation trop riche en fibre et votre fourchette a remarqué que vous aviez mangé trop vite.

Tout ceci n’est pas de la science fiction. Vos objets du quotidien sont maintenant capables d’enregistrer des données sur vos habitudes, pour le meilleur et pour le pire. Dès lors, lorsque vous vous présenterez, vous serez prié de le faire comme ceci :

“J’ai 2 bras, 2 jambes, 1 tête, 10 doigts et autant d’orteils. Je pèse 84,2 kilos (+1,4% par rapport au mois précédent) et mesure 1,87 m (+ 0% par rapport à l’année précédente). IMC de 24, tout va bien. J’ai 10 à l’œil droit et 8,5 au gauche. [..]. J’ai dormi la nuit dernière 6 heures et 11 minutes, ce qui est très insuffisant (77% de mes besoins) mais mon réveil a été optimisé à 92% grâce à la détection des différentes phases de sommeil (4 cycles complets). Et la bonne qualité de l’air à 550 ppm a dû aider. J’ai ensuite bu 285 millilitres de café, soit 228 milligrammes de caféine (soit 57% de la dose quotidienne maximale conseillée). Mon brossage de dents n’a duré que 1 minute et 17 secondes, ce qui va encore me valoir une réprimande numérique.”. Erwan Cario 

« Je suis mesurable donc je suis »©

Dessin humoristique sur le douteJ’aime beaucoup cette expression qui vient rafraichir les propos de Descartes de l’époque. S’il est vrai qu’une bonne gestion n’est possible que si des mesures sont effectuées, doit-on se résigner à résumer le corps humain à une suite de données logiques ? A l’heure où nous découvrons encore que l’ADN contient des séquences que l’on ne connaissait pas, il n’est pas pertinent de se reposer uniquement sur des données mesurées sans avoir un état complet du contexte dans lequel elles ont été prises. Et c’est là que devient compliqué la véritable analyse de toutes ces données. Il en découle aussi toutes les dérives d’utilisation de ces données : « Cher Monsieurs, votre mutuelle santé a été augmentée de 15% après avoir constaté que vous aviez baissé vos séances de sport de 50% ». Fiction ? les dérives des banques pour l’obtention d’un prêt sont la preuve que le mot service n’a pas la même définition pour tout le monde.

Doit-on pour autant refuser ces pratiques ? Il est clair que les industriels du Quantified-Self sont en train de créer un besoin chez le consommateur au même titre que le téléphone portable il y a 10 ans. Pour autant, comme je le disais il y a 186 mots, « Une bonne gestion n’est possible qu’avec des données mesurables ». Ces données sont aussi un bon moyen de se « coacher » : faire du sport est devenu un jeu où vous pouvez constater vos progrès et les comparer à vos amis.

Trop d’informations tue l’information

Image représentant une personne submergée par une quantité importante d'information ou de dossiers à traiter

Dans le domaine de la santé, toutes ces données ne sont utiles que si votre médecin les utilise. La clé du succès sera dans la capacité des systèmes d’informations à restituer les informations de manière pertinente et synthétique. Ainsi, un diabéthologue sera ravi de pouvoir consulter la variation de la glycémie durant les trois derniers mois et les apports en glucides des repas mais le nombre de pas que vous avez effectués dans la journée ne l’intéresse pas. Il est donc important de contextualiser l’information pour la rendre utile à un diagnostique.
Il existe cependant un domaine pour lequel la profusion d’information est nécessaire : L’épidémiologie. Comme le souligne cet article, les chercheurs s’intéressent à de nouvelles façons de récolter des informations. Aujourd’hui, les enquêtes téléphoniques, papiers ou l’appel à des cobayes volontaires sont trop couteuses ou trop complexes à mettre en oeuvre.

Le pouvoir appartient à celui qui détient les données

Le site du Financial Times met à disposition une calculette afin de connaitre la valeur de ses données personnellesSi la profusion des données peut être bénéfique dans certains cas, il demeure essentiel de mettre en oeuvre un langage commun de partage. Malheureusement c’est loin d’être le cas et des institutions existent afin d’essayer de faire avancer le débat. Car le pouvoir appartient à celui qui détient les données comme l’a prouvé la forte résistance de Google face au gouvernement chinois avant de céder certaines concessions. Vos données valent de l’argent et celles de vos enfants encore plus.  La calculette présente sur le site du Financial Times permet de vous donner une idée de leur valeur. En matière de santé, les grands laboratoires sont prêts à dépenser des sommes astronomiques pour recueillir des informations complémentaires sur vos habitudes.

 

Le Quantified-Self est donc indéniablement une avancée non négligeable. Issus de la miniaturisation et des moyens de communications toujours plus performants, vos objets du quotidien se transforment en sondes délivrants de l’information plus ou moins pertinente. Il convient cependant d’être capable de synthétiser et contextualiser cet amas d’informations afin qu’elles deviennent un support au praticien qui les liera. Il convient aussi de concevoir un langage commun d’échange afin d’équilibrer les prises de pouvoir liées à la détention de ces données.
Enfin et surtout, il convient de mettre autour d’une table patients, médecins et industriels afin de définir les objectifs et besoins de chaque acteur. C’est au prix de ces précautions que la santé de demain trouvera un intérêt à cette nouvelle pratique.